Chaque matin, des voitures traversent la ville avec des sièges vides. Au même moment, sur le même trajet, des gens attendent au bord de la route un taxi qui ne s'arrête pas.
Les deux sont là. Même heure, même direction. Et ils ne se voient pas.
Ce n'est pas un manque de voitures. C'est un manque de lien : personne ne sait qui part, ni quand, ni vers où. Nanda existe pour ça — rendre visible la place qui est déjà sur la route.
On aurait pu copier une grande application venue d'ailleurs. Mais ces applications supposent que tu as une adresse. Ici, on se repère au marché, au carrefour, à la station. « Odza Borne 10 » n'est sur aucun plan officiel — et c'est pourtant là que les gens t'attendent. Alors on a construit une application qui parle notre langue : celle des repères, pas des rues.
Et on a fait des choix qui coûtent, parce qu'ils comptent. L'argent qui ne bouge pas avant le trajet. Les conducteurs vérifiés un par un, à la main. Un prix plafonné, parce qu'un partage de frais n'est pas une course vendue. Aucune vente de données, aucun traçage publicitaire.
On ne veut pas importer une façon de bouger. On veut construire celle qui nous ressemble.
Nanda s'ajuste à chaque ville — ses repères, ses distances, ses habitudes. On avance pas à pas, là où on peut bien faire.
Les premiers conducteurs vérifiés, les premiers axes couverts.
Bafoussam, Garoua, Bamenda — et les axes qui les relient.
Les voitures partaient déjà. Maintenant, on les voit.